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Du Tengrisme à l’Islam: L’histoire de la conversion des Turcs

6 min de lecture Mis à jour: janvier 7, 2026

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’Asie centrale est aujourd’hui presque entièrement imprégnée de culture islamique? Ce n’est pas le fruit du hasard. L’histoire de la conversion des Turcs à l’Islam n’est pas une simple succession de dates; c’est le récit d’un basculement culturel et géopolitique massif qui a redessiné la carte du monde.

De l’héritage chamanique de la steppe aux minarets de Bagdad, nous analysons le parcours d’une culture de guerriers qui n’a pas seulement adopté l’une des plus grandes religions mondiales, mais l’a défendue pendant des siècles en tant que « glaive de l’Islam ».

Représentation historique de guerriers turcs

Pourquoi ce changement a transformé l’histoire

L’Islam dans la culture turque n’est pas un produit d’importation moderne. Ses racines plongent profondément dans le Xe siècle. Vers 932 apr. J.-C., Satuk Buğra Han a proclamé l’Islam religion d’État chez les Qarakhanides. Ce fut un tournant décisif: pour la première fois, l’Islam n’était plus seulement pratiqué par des individus, mais devenait la religion officielle d’un empire turc. Toutefois, l’islamisation des Qarakhanides fut un processus progressif et non uniforme, s’étalant sur plusieurs décennies.

Pourtant, l’histoire commence plus tôt. Bien avant que les Turcs ne règnent sur la Jérusalem ottomane, ce sont les routes commerciales de la Route de la Soie qui ont rapproché Arabes et Turcs. Ce fut un échange de marchandises, d’idées et, inévitablement, de croyances.

La première rencontre: bien plus que de simples voisins

Musulmans et Turcs se connaissaient bien avant la conversion massive. Les mercenaires turcs étaient très prisés dans les armées abbassides pour leur science de l’équitation et leur discipline. Cette symbiose militaire a créé une première base de confiance. On ne vivait pas seulement côte à côte; on combattait et on commerçait ensemble.

Le tournant: La bataille de Talas (751 apr. J.-C.)

S’il fallait nommer un seul jour qui a scellé le destin de l’Asie centrale, ce serait celui de la bataille de Talas en 751. Là, ce ne sont pas seulement des armées qui se sont affrontées, mais des visions du monde.

Les tribus turques Karlouk se sont alliées au califat abbasside contre la dynastie chinoise Tang. La victoire de l’alliance musulmano-turque a stoppé durablement l’expansion chinoise vers l’ouest. Cela a ouvert la porte de l’Asie centrale à l’Islam et a sécurisé la Route de la Soie pour les marchands musulmans. Sans Talas, l’histoire de la Turquie actuelle serait totalement différente.

Pionniers de la foi: Satuk Buğra Han et Nizak Tarhan

Mausolée de Satuk Bugra Han

Alors que Satuk Buğra Han est considéré comme le premier souverain à avoir fait de l’Islam une religion d’État chez les Qarakhanides (vers 932 apr. J.-C.), des convertis célèbres existaient déjà auparavant. Les sources historiques mentionnent Nizak Tarhan, un prince turc de Badghis, qui a embrassé l’Islam dès le début du VIIIe siècle (vers 704-709). Ces décisions individuelles ont pavé la voie à la conversion massive des tribus Karlouk, Chigil et Yagma.

L’expansion de l’Empire Seldjoukide

Avec les Seldjoukides, l’Islam est devenu mobile. Sous la direction de Tuğrul Bey (mort en 1063), les Turcs Oghouzes ont conquis la Perse et sont entrés dans Bagdad en 1055, plaçant le califat abbasside sous leur protection.

Cette expansion a atteint son apogée sous le sultan Melikşah (mort en 1092). À cette époque, l’empire s’étendait du Yémen au sud jusqu’aux montagnes de l’Hindou Kouch en Afghanistan à l’est. Cette immense masse continentale a permis une synthèse culturelle qui a jeté les bases de l’art du tapis anatolien et de l’architecture que nous admirons aujourd’hui.

Que croyaient les Turcs avant l’Islam?

Pour comprendre pourquoi les Turcs ont adopté l’Islam, il faut comprendre ce qu’ils ont abandonné ou plutôt, ce qu’ils ont transformé.

Le Tengrisme: La foi au Ciel Bleu

Le tengrisme était le cœur de l’identité turque. Tengri (le Ciel éternel) était le créateur de l’univers. Il accordait aux souverains le « Kut » (la permission divine de régner). Le tengrisme combinait chamanisme, animisme et culte des ancêtres. Il est intéressant de noter qu’il existait déjà de fortes similitudes avec l’Islam: c’était la croyance en un créateur unique et tout-puissant. Certaines de ses conceptions (ordre cosmique, légitimité du pouvoir, destin) ont facilité l’acceptation de l’islam sunnite par les élites turques.

Les concepts clés du tengrisme:

  • Croyance en l’au-delà: Les bons allaient à « l’Uçmağ » (paradis), les méchants au « Tamu » (enfer).
  • Kourganes et Balbal: Les défunts étaient enterrés dans des tumulus (kourganes). Autour de ces tombes, des statues de pierre (balbal) étaient érigées, symbolisant les ennemis vaincus censés servir le défunt dans l’au-delà.
  • Esprits de la nature (Yer-Su): Les montagnes, les rivières et les forêts étaient considérées comme animées. Le terme « Iduk » désignait particulièrement les lieux sacrés comme la forêt d’Ötüken.

Le pont entre deux mondes: Islam et Tengrisme en comparaison

De nombreux historiens soutiennent que les Turcs ont adopté l’Islam si volontiers parce qu’il ne contredisait pas leurs croyances existantes, mais les complétait. Les similitudes étaient frappantes.

Animisme et Totémisme: L’héritage de la nature

Parallèlement au tengrisme, des strates de croyances plus anciennes subsistaient, qui ont survécu dans les croyances populaires (superstitions) des Turcs même après l’islamisation:

  • Culte des ancêtres: Les esprits des ancêtres protégeaient la famille. Cela ressemble à la pratique islamique ultérieure de visiter les tombeaux des saints (Türbe).
  • Totémisme: Le loup (Bozkurt) était considéré comme un animal sacré et l’ancêtre des Turcs. L’aigle jouait également un rôle central. Ces symboles sont restés des insignes militaires, même sous les bannières musulmanes.

Conclusion: Une nouvelle identité

La conversion des Turcs à l’Islam n’a pas été une rupture brutale avec le passé, mais une recomposition religieuse et culturelle progressive. En adoptant l’Islam, ils ont non seulement assuré leur place dans le monde civilisé du Moyen Âge, mais en sont devenus les leaders. Des Seldjoukides aux Ottomans, cette synthèse entre l’esprit guerrier turc et la civilisation islamique est devenue le moteur de l’histoire. Cette synthèse entre l’héritage préislamique et la civilisation islamique continue de façonner l’identité culturelle des peuples turcs jusqu’à nos jours.

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