Poèmes de Nazım Hikmet : 10 incontournables, leur sens et où les lire
Dix poèmes incontournables de Nazım Hikmet, de Seni Düşünmek au Noyer : à lire en turc avec notre traduction, où il les a écrits et les meilleures éditions en anglais.
Table des matières

Nazım Hikmet (1902–1963) a écrit dans une cellule de prison certains des poèmes d’amour les plus connus de la poésie turque moderne, et en exil l’un de ses poèmes les plus aimés sur le pays natal. Voici dix poèmes pour commencer : huit d’entre eux en entier avec notre traduction, les lieux où il les a écrits et les livres en anglais qui méritent d’être achetés.
L’essentiel
D’abord dix poèmes, puis l’épopée.
- Pour commencer : Seni Düşünmek, Yaşamaya Dair (Sur la vie) et Ceviz Ağacı (Le Noyer).
- En anglais : Poems of Nazim Hikmet, traduit par Randy Blasing et Mutlu Konuk (Persea Books).
- Sa vie en une ligne : né à Thessalonique en 1902, emprisonné de 1938 à 1950, en exil à partir de 1951, mort à Moscou en 1963.
- Attention : beaucoup de « citations de Nazım Hikmet » qui circulent en ligne sont des réécritures. Vérifiez dans un livre imprimé.
- À lire en entier : huit des poèmes sont donnés intégralement plus bas, en turc avec notre traduction vers à vers.
Les poèmes, en entier
Ouvrez un poème pour le lire en entier. Chaque strophe donne d’abord le turc tel qu’il l’a disposé sur la page, puis notre traduction, vers à vers. Nous sommes restés proches du turc plutôt que de chercher la rime, pour que vous puissiez suivre l’un avec l’autre.
1930Kerem Gibi Comme Kerem
Hava kurşun gibi ağır!!Bağırbağırbağırbağırıyorum.Koşunkurşunerit--meğeçağırıyorum…L’air est lourd comme du plomb !!Je criecriecrieje crie à tue-tête.Accourez,venez fondreleplomb,je vous appelle…
O diyor ki bana:– Sen kendi sesinle kül olursun ey!Keremgibiyanayana…« Deeeertçok,hemdertyok »Yürek--lerinkulak--larısağır…Hava kurşun gibi ağır…Il me dit :– Tu deviendras cendre par ta propre voix, hé !commeKerem,brûlantet brûlant…« Des peeeinesbeaucoup,de confidentaucun »Les oreillesdescœurssontsourdes…L’air est lourd comme du plomb…
Ben diyorum ki ona:– Kül olayımKeremgibiyanayana.Ben yanmasamsen yanmasanbiz yanmasak,nasılçıkarkaran--lıklaraydın--lığa…Je lui dis :– Que je devienne cendrecommeKerem,brûlantet brûlant.Si je ne brûle pas,si tu ne brûles pas,si nous ne brûlons pas,commentse changerontles ténè--bresen lumiè--re…
Hava toprak gibi gebe.Hava kurşun gibi ağır.Bağırbağırbağırbağırıyorum.Koşunkurşunerit--meğeçağırıyorum…L’air est gravide comme la terre.L’air est lourd comme du plomb.Je criecriecrieje crie à tue-tête.Accourez,venez fondreleplomb,je vous appelle…
1932Mavi Gözlü Dev, Minnacık Kadın ve Hanımelleri Le Géant aux yeux bleus, la Toute Petite Femme et le Chèvrefeuille
O mavi gözlü bir devdi.Minnacık bir kadın sevdi.Kadının hayali minnacık bir evdi,bahçesinde ebrulihanımeliaçan bir ev.C’était un géant aux yeux bleus.Il aima une toute petite femme.Le rêve de la femme était une toute petite maison,une maison où, dans le jardin,le chèvrefeuille marbréfleurit.
Bir dev gibi seviyordu dev.Ve elleri öyle büyük işler içinhazırlanmıştı ki devin,yapamazdı yapısını,çalamazdı kapısınıbahçesinde ebrulihanımeliaçan evin.Le géant aimait comme un géant.Et ses mains étaient faitespour de si grandes œuvresqu’il ne pouvait bâtir la bâtisse,ne pouvait frapper à la portede la maison où, dans le jardin,le chèvrefeuille marbréfleurit.
O mavi gözlü bir devdi.Minnacık bir kadın sevdi.Mini minnacıktı kadın.Rahata acıktı kadınyoruldu devin büyük yolunda.Ve elveda! deyip mavi gözlü deve,girdi zengin bir cücenin kolundabahçesinde ebrulihanımeliaçan eve.C’était un géant aux yeux bleus.Il aima une toute petite femme.La femme était toute menue, toute petite.La femme avait faim de confort,elle se lassa sur la grande route du géant.Et disant « Adieu ! » au géant aux yeux bleus,elle entra, au bras d’un nain riche,dans la maison où, dans le jardin,le chèvrefeuille marbréfleurit.
Şimdi anlıyor ki mavi gözlü dev,dev gibi sevgilere mezar bile olamaz:bahçesinde ebrulihanımeliaçan ev…Maintenant le géant aux yeux bleus comprendque pour des amours grandes comme un géant elle ne peut pas même être une tombe :la maison où, dans le jardin,le chèvrefeuille marbréfleurit…
prison de Bursa, 1945Seni Düşünmek Penser à toi
Seni düşünmek güzel şey,ümitli şey,dünyanın en güzel sesindenen güzel şarkıyı dinlemek gibi birşey…Fakat artık ümit yetmiyor bana,ben artık şarkı dinlemek değil,şarkı söylemek istiyorum…Penser à toi est une belle chose,une chose pleine d’espoir,quelque chose comme écouter, de la plus belle voix du monde,la plus belle chanson…Mais l’espoir ne me suffit plus,je ne veux plus écouter des chansons,je veux en chanter…
prison de Bursa, 1947–48Yaşamaya Dair Sur la vie
1
Yaşamak şakaya gelmez,büyük bir ciddiyetle yaşayacaksınbir sincap gibi mesela,yani, yaşamanın dışında ve ötesinde hiçbir şey beklemeden,yani bütün işin gücün yaşamak olacak.Vivre n’est pas une plaisanterie,tu vivras avec un grand sérieuxcomme un écureuil, par exemple,c’est-à-dire sans rien attendre en dehors et au-delà de vivre,c’est-à-dire que vivre sera toute ton affaire.
Yaşamayı ciddiye alacaksın,yani o derecede, öylesine ki,mesela, kolların bağlı arkadan, sırtın duvarda,yahut kocaman gözlüklerin,beyaz gömleğinle bir laboratuvardainsanlar için ölebileceksin,hem de yüzünü bile görmediğin insanlar için,hem de hiç kimse seni buna zorlamamışken,hem de en güzel en gerçek şeyinyaşamak olduğunu bildiğin halde.Tu prendras la vie au sérieux,c’est-à-dire à tel point, tellement que,par exemple, les bras liés dans le dos, adossé au mur,ou bien avec tes grosses lunettes,dans ta blouse blanche, dans un laboratoire,tu pourras mourir pour les gens,et même pour des gens dont tu n’as jamais vu le visage,et même sans que personne ne t’y ait forcé,et même en sachant que la chose la plus belle, la plus vraie,c’est vivre.
Yani, öylesine ciddiye alacaksın ki yaşamayı,yetmişinde bile, mesela, zeytin dikeceksin,hem de öyle çocuklara falan kalır diye değil,ölmekten korktuğun halde ölüme inanmadığın için,yaşamak yanı ağır bastığından.C’est-à-dire que tu prendras la vie tellement au sérieuxque même à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers,et pas pour les laisser aux enfants ou je ne sais quoi,mais parce que, tout en craignant de mourir, tu ne crois pas à la mort,parce que le plateau de la vie pèse plus lourd.
2
Diyelim ki, ağır ameliyatlık hastayız,yani, beyaz masadan,bir daha kalkmamak ihtimali de var.Duymamak mümkün değilse de biraz erken gitmenin kederinibiz yine de güleceğiz anlatılan Bektaşi fıkrasına,hava yağmurlu mu, diye bakacağız pencereden,yahut da sabırsızlıkla bekleyeceğizen son ajans haberlerini.Disons que nous sommes malades et qu’il faut une lourde opération,c’est-à-dire que, de la table blanche,il se peut aussi que nous ne nous relevions plus.Même s’il est impossible de ne pas sentir le chagrin de partir un peu tôt,nous rirons quand même à la blague bektachie qu’on raconte,nous regarderons par la fenêtre s’il pleut,ou bien nous attendrons avec impatiencele dernier bulletin d’informations.
Diyelim ki, dövüşülmeye değer bir şeyler için,diyelim ki, cephedeyiz.Daha orda ilk hücumda, daha o günyüzükoyun kapaklanıp ölmek de mümkün.Tuhaf bir hınçla bileceğiz bunu,fakat yine de çıldırasıya merak edeceğizbelki yıllarca sürecek olan savaşın sonunu.Disons que, pour quelque chose qui vaut qu’on se batte,disons que nous sommes au front.Là, dès le premier assaut, ce jour même,il se peut que nous tombions face contre terre, morts.Nous le saurons avec une étrange rage,mais nous voudrons pourtant savoir, à en devenir fous,la fin de la guerre qui durera peut-être des années.
Diyelim ki hapisteyiz,yaşımız da elliye yakın,daha da on sekiz sene olsun açılmasına demir kapının.Yine de dışarıyla birlikte yaşayacağız,insanları, hayvanları, kavgası ve rüzgarıylayani, duvarın ardındaki dışarıyla.Disons que nous sommes en prison,que nous avons près de cinquante ans,et qu’il reste encore dix-huit ans avant que s’ouvre la porte de fer.Nous vivrons quand même avec le dehors,avec ses gens, ses bêtes, sa lutte et son vent,c’est-à-dire avec le dehors, derrière le mur.
Yani, nasıl ve nerede olursak olalımhiç ölünmeyecekmiş gibi yaşanacak…C’est-à-dire que, comme et où que nous soyons,il faut vivre comme si l’on ne devait jamais mourir…
3
Bu dünya soğuyacak,yıldızların arasında bir yıldız,hem de en ufacıklarından,mavi kadifede bir yaldız zerresi yani,yani bu koskocaman dünyamız.Ce monde se refroidira,une étoile parmi les étoiles,et l’une des plus petites,un grain d’or sur du velours bleu, c’est-à-dire,c’est-à-dire notre monde, ce monde immense.
Bu dünya soğuyacak günün birinde,hatta bir buz yığınıyahut ölü bir bulut gibi de değil,boş bir ceviz gibi yuvarlanacakzifiri karanlıkta uçsuz bucaksız.Ce monde se refroidira un jour,pas même comme un amas de glaceou un nuage mort,il roulera comme une noix videdans le noir d’encre, sans fin.
Şimdiden çekilecek acısı bunun,duyulacak mahzunluğu şimdiden.Böylesine sevilecek bu dünya« Yaşadım » diyebilmen için…Il faut dès maintenant en souffrir la douleur,en ressentir dès maintenant la tristesse.Il faut aimer ce monde à ce pointpour que tu puisses dire « J’ai vécu »…
1956Kız Çocuğu La Petite Fille
Kapıları çalan benimkapıları birer birer.Gözünüze görünememgöze görünmez ölüler.C’est moi qui frappe aux portes,aux portes, l’une après l’autre.Je ne peux apparaître à vos yeux,les morts ne se voient pas.
Hiroşima’da ölelioluyor bir on yıl kadar.Yedi yaşında bir kızım,büyümez ölü çocuklar.Depuis que je suis morte à Hiroshimacela fait dix ans environ.Je suis une petite fille de sept ans,les enfants morts ne grandissent pas.
Saçlarım tutuştu önce,gözlerim yandı kavruldu.Bir avuç kül oluverdim,külüm havaya savruldu.Mes cheveux ont pris feu d’abord,mes yeux ont brûlé, se sont consumés.Je suis devenue une poignée de cendres,ma cendre s’est dispersée dans l’air.
Benim sizden kendim içinhiçbir şey istediğim yok.Şeker bile yiyemez kikağıt gibi yanan çocuk.Pour moi-même je ne veuxrien de vous.Il ne peut même pas manger de bonbons,l’enfant qui a brûlé comme du papier.
Çalıyorum kapınızı,teyze, amca, bir imza ver.Çocuklar öldürülmesinşeker de yiyebilsinler.Je frappe à votre porte,ma tante, mon oncle, donnez une signature.Qu’on ne tue pas les enfantset qu’ils puissent aussi manger des bonbons.
Balçık, 1957Ceviz Ağacı Le Noyer
Başım köpük köpük bulut, içim dışım deniz,Ben bir ceviz ağacıyım Gülhane Parkı’nda,Budak budak, şerham şerham ihtiyar bir ceviz.Ne sen bunun farkındasın, ne polis farkında.Ma tête est un nuage tout d’écume, la mer en moi et hors de moi,je suis un noyer dans le parc de Gülhane,un vieux noyer tout en nœuds, tout en entailles.Ni toi tu ne t’en aperçois, ni la police.
Ben bir ceviz ağacıyım Gülhane Parkı’nda.Yapraklarım suda balık gibi kıvıl kıvıl.Yapraklarım ipek mendil gibi tiril tiril,Koparıver, gözlerinin, gülüm, yaşını sil.Yapraklarım ellerimdir, tam yüz bin elim var.Yüz bin elle dokunurum sana, İstanbul’a.Yapraklarım gözlerimdir, şaşarak bakarım.Yüz bin gözle seyrederim seni, İstanbul’u.Yüz bin yürek gibi çarpar, çarpar yapraklarım.Je suis un noyer dans le parc de Gülhane.Mes feuilles frétillent comme des poissons dans l’eau.Mes feuilles frémissent comme un mouchoir de soie,cueilles-en une, ma rose, essuie les larmes de tes yeux.Mes feuilles sont mes mains, j’ai bien cent mille mains.Avec cent mille mains je te touche, je touche Istanbul.Mes feuilles sont mes yeux, je regarde, émerveillé.Avec cent mille yeux je te contemple, je contemple Istanbul.Comme cent mille cœurs battent, battent mes feuilles.
Ben bir ceviz ağacıyım Gülhane Parkı’nda.Ne sen bunun farkındasın, ne polis farkında.Je suis un noyer dans le parc de Gülhane.Ni toi tu ne t’en aperçois, ni la police.
Berlin-Est, 1961Otobiyografi Autobiographie
1902’de doğdumdoğduğum şehre dönmedim bir dahageriye dönmeyi sevmemüç yaşımda Halep’te paşa torunluğu ettimon dokuzumda Moskova’da komünist Üniversite öğrenciliğikırk dokuzumda yine Moskova’da Tseka-Parti konukluğuve on dördümden beri şairlik ederimJe suis né en 1902je ne suis jamais retourné dans la ville où je suis néje n’aime pas revenir en arrièreà trois ans j’ai été petit-fils de pacha à Alepà dix-neuf ans étudiant à l’Université communiste de Moscouà quarante-neuf ans de nouveau à Moscou, invité du Comité central du Partiet depuis mes quatorze ans je fais le métier de poète
kimi insan otların kimi insan balıkların çeşidini bilirben ayrılıklarınkimi insan ezbere sayar yıldızların adınıben hasretlerincertains connaissent toutes les sortes d’herbes, d’autres toutes les sortes de poissonsmoi les sortes de séparationscertains récitent par cœur les noms des étoilesmoi ceux des nostalgies
hapislerde de yattım büyük otellerde deaçlık çektim açlık grevi de içinde ve tatmadığım yemek yok gibidirj’ai couché en prison et aussi dans de grands hôtelsj’ai connu la faim, la grève de la faim aussi, et il n’est presque pas de plat que je n’aie goûté
otuzumda asılmamı istedilerkırk sekizimde Barış madalyasının bana verilmesiniverdiler deotuz altımda yarım yılda geçtim dört metre kare betonuelli dokuzumda on sekiz saatta uçtum Pırağ’dan Havana’yaà trente ans ils ont voulu me pendreà quarante-huit ans ils ont voulu qu’on me donne la médaille de la Paixet on me l’a donnéeà trente-six ans j’ai traversé en six mois quatre mètres carrés de bétonà cinquante-neuf ans j’ai volé de Prague à La Havane en dix-huit heures
Lenin’i görmedim nöbet tuttum tabutunun başında 924’de961’de ziyaret ettiğim anıtkabri kitaplarıdırje n’ai jamais vu Lénine, j’ai monté la garde près de son cercueil en 24en 61 le mausolée que j’ai visité, ce sont ses livres
partimden koparmağa yeltendiler benisökmediyıkılan putların altında da ezilmedimils ont tenté de m’arracher à mon partiça n’a pas marchéje n’ai pas non plus été écrasé sous les idoles qui tombaient
951’de bir denizde genç bir arkadaşla yürüdüm üstüne ölümün52’de çatlak bir yürekle dört ay sırtüstü bekledim ölümüen 51, en mer, avec un jeune ami, j’ai marché droit sur la morten 52, le cœur fêlé, j’ai attendu la mort quatre mois sur le dos
sevdiğim kadınları deli gibi kıskandımşu kadarcık haset etmedim Şarlo’ya bilealdattım kadınlarımıkonuşmadım arkasından dostlarımınj’ai été jaloux comme un fou des femmes que j’aimaisje n’ai pas été envieux le moins du monde, pas même de Charlotj’ai trompé mes femmesje n’ai jamais parlé de mes amis derrière leur dos
içtim ama akşamcı olmadımhep alnımın teriyle çıkardım ekmek paramı ne mutlu banaj’ai bu mais je ne suis pas devenu un buveur de tous les soirsj’ai toujours gagné mon pain à la sueur de mon front, heureux suis-je
başkasının hesabına utandım yalan söyledimyalan söyledim başkasını üzmemek içinama durup dururken de yalan söyledimj’ai eu honte pour les autres, j’ai mentij’ai menti pour ne pas faire de peine à autruimais j’ai aussi menti sans aucune raison
bindim tirene uçağa otomobileçoğunluk binemiyoroperaya gittimçoğunluk gidemiyor adını bile duymamış operanınçoğunluğun gittiği kimi yerlere de ben gitmedim 21’den bericamiye kiliseye tapınağa havraya büyücüyeama kahve falıma baktırdığım olduj’ai pris le train, l’avion, l’automobilela majorité ne le peut pasje suis allé à l’opérala majorité ne peut pas y aller, elle n’a même jamais entendu parler de l’opéraet depuis 21 je ne suis pas allé dans certains lieux où va la majoritémosquée, église, temple, synagogue, sorciermais il m’est arrivé de me faire lire le marc de café
yazılarım otuz kırk dilde basılırTürkiye’mde Türkçemle yasakmes écrits sont imprimés en trente, quarante languesdans ma Turquie, dans mon turc, ils sont interdits
kansere yakalanmadım dahayakalanmam da şart değilbaşbakan filân olacağım yokmeraklısı da değilim bu işinbir de harbe girmedimsığınaklara da inmedim gece yarılarıyollara da düşmedim pike yapan uçakların altındaama sevdalandım altmışıma yakınsözün kısası yoldaşlarbugün Berlin’de kederden gebermekte olsam dainsanca yaşadım diyebilirimve daha ne kadar yaşarımbaşımdan neler geçer dahakim bilir.je n’ai pas encore attrapé le canceret rien ne m’oblige à l’attraperje ne vais pas devenir Premier ministre ou quoi que ce soitet ce métier ne me tente paset puis je n’ai pas fait la guerreje ne suis pas descendu dans les abris au milieu de la nuitje ne me suis pas jeté sur les routes sous les avions en piquémais je suis tombé amoureux à près de soixante ansbref, camaradesmême si aujourd’hui à Berlin je crève de chagrinje peux dire que j’ai vécu en hommeet combien de temps je vivrai encorece qui m’arrivera encorequi sait.
1962Vatan Haini Le Traître
« Nâzım Hikmet vatan hainliğine devam ediyor hâlâ.Amerikan emperyalizminin yarı sömürgesiyiz, dedi Hikmet.Nâzım Hikmet vatan hainliğine devam ediyor hâlâ. »Bir Ankara gazetesinde çıktı bunlar, üç sütun üstüne, kapkara haykıran puntolarla,bir Ankara gazetesinde, fotoğrafı yanında Amiral Vilyamson’un66 santimetre karede gülüyor, ağzı kulaklarında, Amerikan amiraliAmerika, bütçemize 120 milyon lira hibe etti, 120 milyon lira.« Amerikan emperyalizminin yarı sömürgesiyiz, dedi HikmetNâzım Hikmet vatan hainliğine devam ediyor hâlâ. »« Nâzım Hikmet continue toujours de trahir la patrie.Nous sommes une semi-colonie de l’impérialisme américain, a dit Hikmet.Nâzım Hikmet continue toujours de trahir la patrie. »Cela a paru dans un journal d’Ankara, sur trois colonnes, en lettres noires qui hurlaient,dans un journal d’Ankara, à côté de la photo de l’amiral Williamsonqui rit sur 66 centimètres carrés, la bouche jusqu’aux oreilles, l’amiral américainL’Amérique a fait don à notre budget de 120 millions de livres, 120 millions de livres.« Nous sommes une semi-colonie de l’impérialisme américain, a dit HikmetNâzım Hikmet continue toujours de trahir la patrie. »
Evet, vatan hainiyim, siz vatanperverseniz, siz yurtseverseniz, ben yurthainiyim, ben vatan hainiyim.Vatan çiftliklerinizse,kasalarınızın ve çek defterlerinizin içindekilerse vatan,vatan, şose boylarında gebermekse açlıktan,vatan, soğukta it gibi titremek ve sıtmadan kıvranmaksa yazın,fabrikalarınızda al kanımızı içmekse vatan,vatan tırnaklarıysa ağalarınızın,vatan, mızraklı ilmühalse, vatan, polis copuysa,ödeneklerinizse, maaşlarınızsa vatan,vatan, Amerikan üsleri, Amerikan bombası, Amerikan donanması topuysa,vatan, kurtulmamaksa kokmuş karanlığımızdan,ben vatan hainiyim.Yazın üç sütun üstüne kapkara haykıran puntolarla :Nâzım Hikmet vatan hainliğine devam ediyor hâlâ.Oui, je suis traître à la patrie, si vous êtes des patriotes, si vous aimez votre pays, je suis traîtreà mon pays, je suis traître à la patrie.Si la patrie, ce sont vos domaines,si la patrie, c’est ce qu’il y a dans vos coffres-forts et vos carnets de chèques,si la patrie, c’est crever de faim au bord des routes,si la patrie, c’est trembler de froid comme un chien et se tordre de malaria l’été,si la patrie, c’est boire notre sang rouge dans vos usines,si la patrie, ce sont les griffes de vos grands propriétaires,si la patrie, c’est le catéchisme armé de lances, si la patrie, c’est la matraque de la police,si la patrie, ce sont vos indemnités et vos salaires,si la patrie, ce sont les bases américaines, la bombe américaine, les canons de la flotte américaine,si la patrie, c’est ne jamais sortir de notre obscurité puante,je suis traître à la patrie.Écrivez-le sur trois colonnes en lettres noires qui hurlent :Nâzım Hikmet continue toujours de trahir la patrie.
Où il les a écrits
Sa vie l’a fait traverser la même mer à plusieurs reprises. Suivez-la sur la carte, de sa ville natale à celle où il est mort.

- 1902 · ThessaloniqueIl est né le 15 janvier 1902 à Selanik, alors une ville ottomane, aujourd’hui Thessalonique, en Grèce. Il n’y est jamais retourné.
- 1915–1921 · Istanbul et l’AnatolieIl étudie à l’école navale de Heybeliada, l’une des îles des Princes, jusqu’à ce que sa mauvaise santé mette fin à sa carrière dans la marine. En 1921, il gagne l’Anatolie pour rejoindre la lutte nationale et enseigne à Bolu.
- 1922–1924 · MoscouIl étudie à l’Université communiste des travailleurs d’Orient et découvre le nouveau vers libre de la Russie révolutionnaire. À son retour, il écrit en turc comme personne avant lui.
- 1928–1938 · IstanbulIl rentre clandestinement en Turquie avec un faux passeport en 1928 et est arrêté à la frontière. Ses livres continuent de paraître, à commencer par 835 Satır en 1929. Les procès se succèdent eux aussi.
- 1938–1950 · Istanbul, Çankırı, BursaEn 1938, des tribunaux militaires le condamnent à de longues peines. Il passe d’Istanbul à Çankırı, puis à la prison de Bursa, où il écrit ses plus beaux poèmes d’amour et son épopée.
- 1951 · Mer NoireUn an après sa libération, il quitte Istanbul en bateau à moteur le 17 juin 1951 et rejoint Moscou en passant par la Roumanie.
- 1957 · Balçık, BulgarieSur la côte bulgare de la mer Noire, tourné vers son pays, il date Le Noyer du 1er juillet 1957.
- 1963 · MoscouIl meurt d’une crise cardiaque à Moscou le 3 juin 1963, à 61 ans, et repose au cimetière de Novodevitchi.
Douze ans derrière les barreaux : l’amour depuis une cellule
En 1938, deux tribunaux militaires le condamnent à 15 ans, puis à 20 ans supplémentaires, pour avoir incité des cadets à la révolte ; la peine totale est ensuite réduite à 28 ans et 4 mois. Il est transféré d’Istanbul à Çankırı en 1940, puis à la prison de Bursa en décembre de la même année. C’est à Bursa qu’il écrit la plupart des poèmes que l’on cite aujourd’hui.

Il écrit à Piraye, sa femme depuis 1935, et pour elle. Seni Düşünmek est daté du 30 septembre 1945. Yaşamaya Dair suit en 1947–48 : la vie est une chose sérieuse, dit le poème, même si vous êtes en prison et approchez de la cinquantaine. En mai 1949 vient le poème de conseils à celui qui s’apprête à purger une longue peine.
La prison lui a donné du temps. Il en a fait des poèmes sur l’art de ne pas le perdre.
À partir de 1949, des écrivains et des artistes à l’étranger militent pour sa libération. Le 8 avril 1950, il entame une grève de la faim. Il sort le 15 juillet 1950 grâce à une amnistie générale, après plus de douze ans de prison. En novembre de la même année, le Conseil mondial de la paix lui décerne son prix de la paix ; Pablo Neruda le reçoit en son nom.
Le Noyer et d’autres mythes
Ceviz Ağacı s’ouvre sur sa tête devenue nuage d’écume et sur la mer, au-dedans et au-dehors, puis fait de lui un noyer que personne ne remarque dans le parc de Gülhane, près du palais de Topkapı. C’est son poème sur la patrie le plus aimé, et celui qui a suscité le plus d’histoires. Touchez une carte pour les vérifier.
« Il a écrit Le Noyer alors qu’il se cachait de la police dans le parc de Gülhane. »
Non. Le poème est daté du 1er juillet 1957, à Balçık, en Bulgarie, six ans après le début de son exil. Gülhane est le lieu où il s’imagine, pas celui où il se trouvait. teyit.org a retracé l’histoire de cette cachette sans rien trouver qui l’étaye.
« Il est né à Istanbul. »
Il est né à Selanik, aujourd’hui Thessalonique, en Grèce, le 15 janvier 1902. Son Autobiographie dit qu’il n’est jamais retourné dans sa ville natale.
« Il est enterré en Turquie. »
Sa tombe se trouve au cimetière de Novodevitchi à Moscou, où il est mort en 1963. Elle y est toujours.
Le véritable parc de Gülhane mérite tout de même une promenade : il descend du palais de Topkapı vers l’eau, et ses vieux arbres ombragent les allées.
1951 : le bateau et le passeport
De nouveau libre, il part le 17 juin 1951. Un petit bateau à moteur l’emmène du Bosphore vers la mer Noire ; de là, il rejoint Moscou en passant par la Roumanie. Il laisse derrière lui son fils Mehmet, né en mars de la même année, et la mère de l’enfant, Münevver.

Il passe ses douze dernières années à Moscou, d’où il voyage beaucoup, et continue d’écrire sur la Turquie : Ceviz Ağacı en Bulgarie, Otobiyografi à Berlin-Est et Vatan Haini en réponse à un journal qui l’a traité de traître.
Citoyenneté
1951 → 2009
Le Conseil des ministres lui retire sa citoyenneté turque le 25 juillet 1951. Une décision du gouvernement du 5 janvier 2009, publiée dans la gazette de l’État turc le 10 janvier, la lui rend, 46 ans après sa mort.
Les œuvres longues, pour plus tard
Une fois séduit par les poèmes courts, vous pourrez découvrir ces œuvres de grande ampleur. Deux ont été écrites en prison, dont la plus longue.
Memleketimden İnsan Manzaraları
Paysages humains de mon pays : un voyage en train à travers la Turquie pendant les années de guerre, raconté à travers des centaines de gens ordinaires. Écrit en prison.
Kuvâyi Milliye
Les Forces nationales : la guerre d’indépendance racontée par les gens ordinaires, villageois, charretiers et soldats plutôt que généraux. Écrit lui aussi en prison.
Şeyh Bedreddin Destanı
L’Épopée du cheikh Bedreddin (1936) : un rebelle du 15e siècle, ses partisans et leur défaite. Son dernier livre publié en Turquie de son vivant.
Lisez-le en anglais
Randy Blasing et Mutlu Konuk ont traduit en anglais les deux éditions de Persea. Commencez par le choix de poèmes, puis l’épopée ci-dessus, traduite par la même équipe (préface d’Edward Hirsch) ; ajoutez une biographie quand vous voudrez découvrir l’histoire derrière les œuvres.
Poems of Nazim Hikmet
Traduit en anglais par Randy Blasing et Mutlu Konuk, avec une préface de Carolyn Forché. La deuxième édition, revue et augmentée, est le meilleur choix de poèmes en anglais réunis en un seul volume.
Nâzım Hikmet: The Life and Times of Turkey’s World Poet
Une biographie en anglais de Mutlu Konuk Blasing, l’une de ses traductrices (2013).
Romantic Communist
Romantic Communist: The Life and Work of Nazım Hikmet, de Saime Göksu et Edward Timms (1999), est une biographie en anglais. Cette expression est le titre du livre, pas un ancien surnom.
Pour découvrir une poésie turque plus ancienne en langue simple, consultez notre guide des poèmes de Yunus Emre. Pour découvrir une écrivaine qui a elle aussi rejoint la lutte nationale en Anatolie, lisez notre article sur Halide Edip Adıvar.
Les questions des lecteurs
Quel est le poème le plus célèbre de Nazım Hikmet ?
Il n’y a pas de réponse unique. En Turquie, Ceviz Ağacı (Le Noyer), Seni Düşünmek et Yaşamaya Dair (Sur la vie) sont parmi les plus cités.
Pourquoi était-il en prison ?
En 1938, des tribunaux militaires le condamnent pour avoir incité des cadets de l’armée et de la marine à la révolte. La principale preuve était que ces cadets lisaient ses poèmes. Il passe plus de douze ans en prison, de 1938 à 1950, puis est libéré grâce à une amnistie après une grève de la faim et une campagne d’écrivains à l’étranger.
Était-il encore citoyen turc à sa mort ?
Non. Le gouvernement lui retire sa citoyenneté le 25 juillet 1951, quelques semaines après son départ. Une décision du gouvernement du 5 janvier 2009, publiée dans la gazette de l’État turc le 10 janvier 2009, la lui rend, 46 ans après sa mort.
Où est-il enterré ?
Au cimetière de Novodevitchi à Moscou. Il est mort dans cette ville le 3 juin 1963, à 61 ans.
Qui était Piraye ?
Sa femme à partir de 1935, à qui s’adressent nombre de ses poèmes d’amour écrits en prison, dont Seni Düşünmek. Ses autres compagnes ont été Nüzhet, Lena Yurchenko, Münevver, la mère de son fils Mehmet (né en 1951), et Vera Tulyakova dans ses dernières années.
Peut-on lire les poèmes en entier en turc ?
Oui. Huit des dix sont donnés en entier sur cette page, chacun avec notre traduction vers à vers. Beaucoup de versions en ligne comportent des erreurs : vérifiez les autres sur un recueil imprimé.
Sources
Les dates des poèmes sont celles imprimées sous les textes dans ses œuvres réunies. Lorsqu’elles diffèrent selon les sources, nous avons écarté le poème concerné. Les traductions françaises des poèmes sont les nôtres, faites vers à vers à partir du turc. Nous avons retiré les affirmations que nous ne pouvions pas confirmer, notamment l’histoire de la cachette à Gülhane et plusieurs citations qui circulent en ligne sous son nom.
- Nâzım Hikmet : biographie — Fondation Nâzım Hikmet pour la culture et l’art, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Nâzım Hikmet — Wikipédia en turc, avec ses références pour les dates des procès, des emprisonnements et des publications dans la gazette, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Nâzım Hikmet şiirleri listesi (liste des poèmes avec leurs dates) — Wikipédia en turc, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Nazım Hikmet ve Ceviz Ağacı şiiri iddiası — Vérification des faits par teyit.org, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Poems of Nazim Hikmet, trad. Randy Blasing et Mutlu Konuk — Persea Books, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Human Landscapes from My Country — Persea Books, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Mutlu Konuk Blasing — Academy of American Poets, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Romantic Communist: The Life and Work of Nazım Hikmet — Hurst Publishers, vérifié les 9–10 octobre 2026
- Nazim Hikmet — Academy of American Poets, vérifié les 9–10 octobre 2026
Illustrations dessinées pour ce guide. Elles ne représentent ni Nazım Hikmet ni aucune personne réelle.


