Sabiha Gökçen: La Première Pilote de Chasse au ...
0% 5 min restantes
Sabiha Gokcen
|

Sabiha Gökçen: La Première Pilote de Chasse au Monde

5 min de lecture Mis à jour: décembre 29, 2025

Si vous atterrissez aujourd’hui à Istanbul, vous foulez souvent un sol qui porte son nom: Sabiha Gökçen. Pour des millions de voyageurs, ce n’est que le nom du deuxième aéroport de la métropole. Pourtant, derrière ces lettres lumineuses se cache l’une des biographies les plus fascinantes de l’histoire moderne. Elle n’était pas seulement l’une des huit filles adoptives de Mustafa Kemal Atatürk, mais une femme qui a brisé toutes les barrières de son époque.

À une ère où les femmes luttaient encore pour leurs droits fondamentaux dans de nombreuses parties du monde, elle a pris place dans un cockpit pour écrire l’histoire mondiale. Elle est devenue la première femme pilote de chasse au monde un exploit qui lui a valu une place dans le livre Guinness des records et sur les affiches de l’US Air Force. Voici l’histoire vraie d’une orpheline devenue une légende du ciel.

Sabiha Gökçen en uniforme

De l’orpheline à la fille du fondateur de la République

Sabiha est née le 22 mars 1913 à Bursa. Son enfance fut marquée par la perte; elle perdit ses parents, Mustafa İzzet Bey et Hayriye Hanım, très jeune et grandit auprès de son frère aîné Neşet. Sa vie changea radicalement en 1925, lorsque Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque (dont le règne marque la fin de l’ère du Sultan Vahdettin), visita Bursa.

Sabiha, alors âgée de seulement 12 ans, prit son courage à deux mains et s’approcha du président. Son souhait était aussi simple que puissant: elle voulait étudier. Atatürk, touché par son audace et sa situation difficile, l’adopta avec l’accord de son frère et l’emmena à Ankara. Elle fréquenta dès lors des établissements prestigieux comme l’Arnavutköy American Girls College et l’Üsküdar American Academy.

Détail intéressant: elle reçut le nom de famille « Gökçen » de la part d’Atatürk dès le 19 décembre 1934 des mois avant même de commencer sa formation de pilote. « Gök » signifie « ciel » en turc. C’était comme si Atatürk avait déjà pressenti son destin.

L’appel du ciel: Une pionnière prend son envol

En mai 1935, Atatürk emmena Sabiha à l’inauguration de l’école d’aviation Türkkuşu (L’Oiseau Turc). En observant les parachutistes et les planeurs, sa passion s’enflamma. Atatürk remarqua son enthousiasme et lui dit: « Le ciel te va bien ». Peu après, elle commençait sa formation.

Son talent était indéniable. Elle fut envoyée en Crimée (alors en URSS) avec sept camarades masculins pour perfectionner son pilotage de planeur de haute performance. Bien qu’elle prévoyait de suivre également l’école de vol motorisé sur place, le décès soudain de sa sœur adoptive Zehra la força à retourner prématurément en Turquie.

Sabiha Gökçen dans son avion

La première femme pilote de chasse au monde

Atatürk avait cependant de plus grands projets pour elle. Il voulait prouver que les femmes turques pouvaient assumer n’importe quel rôle dans la société y compris militaire. Comme les femmes n’étaient pas encore admises dans les académies militaires à l’époque, Sabiha reçut une autorisation spéciale et un uniforme sur mesure. En 1936, elle intégra l’école de pilotage militaire d’Eskişehir.

Pendant onze mois, elle fut entraînée aussi durement que ses collègues masculins. Le 25 février 1936, elle pilota pour la première fois un avion à moteur. Sa formation culmina par sa participation à des manœuvres militaires en Thrace et en mer Égée. En 1937, elle écrivit l’histoire: en tant que pilote, elle participa à l’opération militaire de Tunceli (Dersim), devenant officiellement la première femme pilote de chasse au monde.

Sabiha Gökçen est devenue le symbole ultime de la femme turque moderne, s’imposant dans des domaines traditionnellement masculins et ouvrant la voie à l’émancipation par l’action.

Une vie couronnée de distinctions

La carrière de Sabiha Gökçen ne s’est pas arrêtée dans les années 1930. Elle a volé plus de 8 000 heures au total et effectué 32 missions de combat. Son nom est devenu mondialement connu et respecté.

Parmi ses distinctions les plus prestigieuses, on compte:

  • La médaille d’or de la FAI (1991): Décernée par la Fédération Aéronautique Internationale pour ses performances exceptionnelles dans l’aviation.
  • The Eagles (1996): Lors d’une cérémonie à la Maxwell Air Base aux États-Unis, elle a été honorée comme l’un des « 20 aviateurs ayant écrit l’histoire mondiale ». Elle était la seule femme sur l’affiche de ces légendes.
  • Ordre de l’Aigle Blanc: La plus haute distinction militaire de Yougoslavie.

Elle effectua son dernier vol à l’âge de 83 ans. En 1996, accompagnée du pilote français Daniel Acton, elle monta à bord d’un Falcon 2000, prouvant une dernière fois que sa passion pour le vol n’avait pas d’âge.

L’héritage: L’aéroport Sabiha Gökçen

Aéroport Sabiha Gökçen Istanbul

Sabiha Gökçen s’est éteinte le 22 mars 2001, précisément le jour de son 88ème anniversaire, à Ankara. Peu avant son décès, elle reçut un honneur qui rendit son nom immortel. En janvier 2001, Istanbul ouvrit son deuxième aéroport international sur la rive asiatique et le baptisa de son nom.

Aujourd’hui, l’aéroport international Sabiha Gökçen (SAW) est l’un des hubs les plus importants de la région. Il ne se contente pas de connecter les voyageurs au monde ou de faciliter le shopping en Turquie, il rappelle quotidiennement le souvenir d’une femme qui a prouvé que le ciel n’a pas de limites.

Son parcours reste une source d’inspiration, particulièrement lors des commémorations nationales où les accomplissements de la République sont célébrés. Elle demeure, pour toujours, la première dame des nuages.

Publications similaires