Système électoral en Turquie: Guide 2026 pour les expatriés
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En Turquie, la politique est bien plus qu’une simple croix sur un bulletin de vote: c’est le pouls même de l’économie et de la vie quotidienne.
Pour les expatriés, les investisseurs et les observateurs, comprendre le système électoral turc n’est pas une simple théorie abstraite, mais une connaissance essentielle. Pourquoi? Parce que les résultats des élections en Turquie ont souvent un impact direct sur le taux de change, les prix des loyers et les politiques de permis de séjour. Si vous envisagez de créer une entreprise en Turquie, ces cycles politiques sont cruciaux. Dans cet article, nous décortiquons ce système complexe et expliquons une fois pour toutes pourquoi votre « Mavi Kart » doit malheureusement rester dans votre portefeuille le jour du scrutin.

Aperçu du système: Parlement et Président
La Turquie fonctionne sous un régime présidentiel. Cela signifie que le centre du pouvoir réside chez le Président, et non plus chez le Premier ministre (un poste supprimé en 2018). Le Parlement, la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), est composé de 600 députés.
Les élections ont lieu régulièrement tous les cinq ans. Les prochaines élections présidentielles et législatives régulières sont prévues pour mai 2028, à moins que des élections anticipées ne soient convoquées.
Le système électoral est basé sur la représentation proportionnelle, mais avec un seuil décisif:
- Le seuil électoral de 7 %: Depuis 2022, le seuil national a été abaissé de 10 % à 7 %. Un parti doit obtenir au moins 7 % des voix au niveau national pour entrer au Parlement.
- Alliances électorales (Ittifak): C’est ici que la tactique entre en jeu. Les petits partis peuvent contourner ce seuil de 7 % en formant une alliance avec de grands partis. Si l’alliance dépasse globalement les 7 %, les petits partenaires entrent également au Parlement.
L’élection présidentielle: le principe du 50+1
Le Président est élu directement par le peuple. Le principe de la majorité simple s’applique, mais avec une condition stricte:
Un candidat ne gagne que s’il obtient plus de 50 % des suffrages exprimés (50 % + 1 voix) au premier tour. Si personne n’y parvient ce qui arrive souvent dans un paysage politique polarisé les deux candidats arrivés en tête s’affrontent lors d’un second tour deux semaines plus tard.
Qui peut devenir Président?
Les critères pour accéder à la plus haute fonction de l’État sont élevés:
- Être âgé d’au moins 40 ans.
- Posséder un diplôme de l’enseignement supérieur (Université).
- Avoir la citoyenneté turque.
Un président peut effectuer au maximum deux mandats. Cependant, il existe une subtilité constitutionnelle: si le Parlement décide d’organiser des élections anticipées pendant le second mandat du président, celui-ci peut se représenter.
Les élections législatives: qui fait les lois?
Contrairement à la présidence, les exigences pour les députés sont un peu plus souples afin de garantir une représentation plus large. La Turquie est divisée en 87 circonscriptions électorales (Istanbul, en raison de sa taille, en compte à elle seule trois).
Conditions pour les députés
- Âge minimum: 18 ans.
- Éducation: Au moins un diplôme d’école primaire (pas de diplôme universitaire requis).
- Service militaire effectué ou exempté (pour les hommes).
- Pas de casier judiciaire pour des crimes graves.
Important pour les expatriés: De nombreux fonctionnaires et agents publics doivent démissionner de leur poste avant de pouvoir se porter candidats. Cela inclut les juges, les procureurs, les militaires et même les professeurs d’université dans les établissements d’État. Pour toute démarche officielle, il est souvent nécessaire de passer par un notaire en Turquie pour valider certains documents de candidature.
Élections municipales: là où se décide le quotidien
Alors qu’Ankara gère la grande politique, c’est votre maire local (Belediye Başkanı) qui décide si la rue devant chez vous sera réparée. Les élections municipales ont également lieu tous les cinq ans (les dernières en 2024, le prochain tour en 2029).

Ici, vous n’élisez pas seulement le maire, mais aussi le Muhtar (chef de quartier). Le Muhtar est souvent l’interlocuteur le plus important pour les questions bureaucratiques locales. Détail intéressant: les Muhtars n’appartiennent à aucun parti; il s’agit d’une élection purement basée sur la personnalité.
Qui peut voter? (Le test de la Mavi Kart)
Il y a souvent une confusion à ce sujet. Le droit de vote est strictement lié à la citoyenneté turque.
Les détenteurs de la Mavi Kart peuvent-ils voter?
Non. La « Carte Bleue » (Mavi Kart) donne aux anciens citoyens turcs presque tous les droits (succession, droit du travail, achat immobilier), mais elle n’accorde aucun droit de vote actif ou passif. Si vous avez renoncé à votre passeport turc (par exemple pour obtenir la nationalité française ou belge), vous ne pouvez plus voter en Turquie.
Pour les citoyens turcs résidant à l’étranger: ils peuvent voter dans les consulats (par exemple à Paris, Lyon ou Marseille) ou aux postes frontières. Le potentiel de mobilisation des Turcs de l’étranger est immense et souvent décisif.
Le jour du scrutin: comment ça se passe?
Le taux de participation en Turquie est extrêmement élevé par rapport aux standards internationaux (souvent plus de 85 %). Le vote est profondément ancré dans la culture politique.
- Lieu de vote: Généralement des écoles. Vous pouvez trouver votre bureau de vote exact via le portail e-Devlet.
- Identification: Uniquement avec une carte d’identité turque (Kimlik) ou un passeport turc valide.
- Interdiction d’alcool: Le jour du scrutin, une interdiction stricte de vente d’alcool dans les lieux publics est souvent appliquée jusqu’à la clôture des bureaux de vote.
Sécurité et contrôle: qui compte les voix?
L’autorité suprême est le Conseil Électoral Suprême (YSK). Il est composé de juges de haut rang. Ses décisions sont définitives et ne peuvent être contestées devant aucun autre tribunal.
Le conseil d’expert: La confiance n’exclut pas le contrôle. Après la fermeture des bureaux (généralement à 17h00), les voix sont comptées publiquement sur place. Chaque citoyen a le droit d’assister au dépouillement dans son bureau de vote. Les résultats (« Tutanak ») sont signés dans la salle de classe et souvent documentés par photo par les observateurs des partis pour éviter toute manipulation pendant le transport.
Pour plus d’informations sur les dates importantes, consultez notre guide sur les jours fériés en Turquie, car ils coïncident parfois avec les périodes électorales.






