Histoire d’Eskişehir: De Dorylaeum à la Cité Universitaire
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Eskişehir est un paradoxe vivant. Pour le visiteur qui flâne aujourd’hui le long des berges aménagées du fleuve Porsuk, la ville offre le visage d’une cité étudiante aux accents européens, vibrante de cafés et de vie culturelle. Pourtant, son nom même trahit son héritage: « Vieille Ville ». Ce décalage entre une énergie juvénile et une histoire millénaire n’est pas le fruit du hasard c’est le résultat d’une épopée de 4 000 ans de survie à l’un des carrefours les plus stratégiques d’Anatolie.
L’histoire d’Eskişehir n’est pas une simple succession chronologique de souverains. C’est le récit d’une ville qui a été détruite à maintes reprises et qui a su se réinventer sans cesse des Phrygiens aux Ottomans, jusqu’à l’avènement de la République moderne.

ESKİŞEHİR
Dorylaeum Antique
Fondée par les Phrygiens, la cité prospère grâce à ses sources thermales sacrées et sa position de carrefour stratégique entre l'Orient et l'Occident.
Sultanönü Seldjoukide
L'arrivée des Turcs transforme la ville en un pôle mystique. C'est ici que l'âme du poète Yunus Emre commence à infuser la culture anatolienne.
L'Aube Ottomane
Osman Gazi s'empare de Karacahisar. Eskişehir devient l'un des premiers piliers d'un empire qui s'étendra bientôt sur trois continents.
Le Pouls du Rail
La ligne Berlin-Bagdad métamorphose la ville. Eskişehir devient le cœur industriel de l'Anatolie, attirant ingénieurs et artisans du monde entier.
Renaissance Républicaine
Après avoir été réduite en cendres durant la guerre d'indépendance, la ville se reconstruit avec une ferveur moderniste sous l'impulsion d'Atatürk.
Énergie Universitaire
Véritable Amsterdam de Turquie, la ville vibre au rythme de ses universités, de ses canaux aménagés et de sa jeunesse créative.
L'Écume de Mer (Lületaşı)
Minéral unique à la région, cette "pierre blanche" est sculptée depuis des siècles. Elle symbolise la finesse et la pureté de l'artisanat d'Eskişehir, transformant la roche brute en chefs-d'œuvre de joaillerie.
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Les racines antiques: Dorylaeum (Avant J.-C.)
Bien avant d’être nommée Eskişehir, la cité était connue sous le nom de Dorylaeum. Si les historiens datent les premiers établissements humains de la région à environ 4 000 ans, la première structure urbaine d’envergure s’est formée sous les Phrygiens au VIIIe siècle av. J.-C. (vers 700 av. J.-C.).
Sa position stratégique était déjà primordiale à l’époque. Située sur des routes commerciales majeures, la ville était réputée pour ses sources thermales. Les découvertes archéologiques dans la région de Şarhöyük prouvent que les Hittites y étaient également présents dès 1460 av. J.-C. Dorylaeum n’était pas un simple village, mais un centre de négoce florissant qui fut plus tard utilisé par les Romains et les Byzantins comme base militaire et logistique de premier plan.

Sultanönü: Le passage sous domination turque
Avec l’arrivée des Seldjoukides à la fin du XIe siècle (vers 1074 ap. J.-C.), le destin de la région change radicalement. La ville prend alors le nom de Sultanönü. Elle devient non seulement un centre administratif, mais aussi un véritable carrefour culturel.
C’est à cette époque que se forge l’identité spirituelle de la région. Le célèbre poète populaire Yunus Emre, dont le tombeau se trouve à Mihalıçcık non loin de là, a marqué de son empreinte la langue et la mystique turques. Ses poèmes prônant l’humanisme et l’amour universel demeurent aujourd’hui une pièce maîtresse de la culture anatolienne.

Le berceau de l’Empire ottoman
Eskişehir a joué un rôle déterminant dans la fondation de l’Empire ottoman, un fait historique souvent méconnu. En 1288, Osman Gazi, le fondateur de la dynastie, s’empare de la forteresse byzantine de Karacahisar, située au sud-ouest de la ville actuelle. Ce fut l’une des premières victoires militaires majeures des jeunes Ottomans, consolidant leur pouvoir en Anatolie.
Le contraste est fascinant: alors qu’Osman Gazi posait ici les jalons d’un empire mondial qui administrerait plus tard des lieux prestigieux comme la Jérusalem ottomane, Eskişehir resta longtemps une ville de province paisible. Il faudra attendre le XIXe siècle pour qu’une révolution technique ne vienne tout bouleverser.

Le tournant: Le chemin de fer et la modernité
La véritable naissance de l’Eskişehir moderne ne s’est pas jouée sur un champ de bataille, mais sur des rails. À la fin du XIXe siècle, la ville devient un nœud central du Chemin de fer anatolien (faisant partie de la célèbre ligne Berlin-Bagdad). Ce développement transforme radicalement la cité agricole en un cœur logistique battant.
L’ouverture de grands ateliers de réparation ferroviaire (aujourd’hui Tülomsaş) a attiré l’industrie, le commerce et de nouveaux habitants. Après la guerre russo-turque (1877-1878), de nombreux réfugiés des Balkans et du Caucase s’y installèrent, façonnant durablement la structure démographique et cosmopolite de la ville. Eskişehir s’industrialise et s’ouvre sur le monde.

Destruction et renaissance: La guerre d’indépendance
La guerre d’indépendance turque (1919-1923) marque le chapitre le plus sombre de l’histoire locale, mais aussi son moment le plus héroïque. En raison de sa position ferroviaire stratégique, la ville fut le théâtre de combats acharnés. En juillet 1921, Eskişehir tombe sous occupation grecque, une période durant laquelle des figures comme Halide Edip Adıvar ont témoigné du courage de la résistance nationale.
La libération intervient le 2 septembre 1922 par l’armée de Mustafa Kemal Atatürk, mais le prix à payer est colossal. Dans leur retraite, les occupants laissent derrière eux un paysage de désolation: des milliers de bâtiments incendiés et une infrastructure en ruines. Les rapports de l’époque font état de plus de 10 000 maisons détruites. La « vieille ville » a dû être presque intégralement reconstruite.

Eskişehir sous la République: La cité des étudiants
Avec la proclamation de la République en 1923, Eskişehir devient officiellement une province et entame son ascension vers le statut de métropole moderne. La ville a su capitaliser sur son héritage industriel et sa position centrale pour se réinventer. Aujourd’hui, elle est mondialement reconnue comme une ville universitaire d’excellence.
Abritant l’Université Anadolu et l’Université Osmangazi, la ville accueille des centaines de milliers d’étudiants, ce qui lui confère une atmosphère libérale et dynamique unique en Turquie. Outre l’éducation, la cité est célèbre pour son artisanat d’art, en particulier l’écume de mer (Lületaşı). Ce minéral rare est extrait et sculpté ici depuis des siècles pour créer des pipes ornementées et des pièces que l’on retrouve parmi les plus belles marques de bijoux turcs.
Eskişehir prouve que l’histoire ne vit pas que dans les musées. Des ruines phrygiennes aux champs de bataille de l’indépendance, jusqu’aux trains à grande vitesse modernes, la ville est un témoignage vivant de la résilience anatolienne.









