Aziz Sancar: De Savur au sommet de la science mondiale
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La plupart des gens prendraient leur retraite après avoir reçu un prix Nobel. Pas Aziz Sancar. En décembre 2025, à l’âge de 79 ans, celui que l’on surnomme le « père de la réparation de l’ADN » est toujours présent quotidiennement dans son laboratoire de l’Université de Caroline du Nord (UNC). Il enseigne, mène des recherches sur de nouveaux traitements contre les glioblastomes et prouve au monde que la véritable curiosité scientifique n’a pas de date de péremption.
Son histoire n’est pas un conte de fées, mais la preuve d’une discipline de fer. Depuis le village rural de Savur, où il a grandi sans électricité, jusqu’au sommet de la biologie moléculaire mondiale, Aziz Sancar incarne mieux que quiconque l’alliance entre une science brillante et un attachement profond à ses racines.

L’ascension improbable depuis Savur
Le 8 septembre 1946, Aziz Sancar naît septième d’une fratrie de huit enfants dans une famille d’agriculteurs modestes à Savur, près de Mardin. Ses parents étaient analphabètes, mais ils comprenaient instinctivement la valeur du savoir. Ils ont inculqué à leurs enfants une éthique de travail inébranlable. Le résultat? Les huit frères et sœurs ont tous mené des carrières exemplaires, allant de général à ingénieur.
Cette excellence se retrouve dans toute la famille. Son cousin au second degré, Mithat Sancar, est également une figure proéminente, siégeant en décembre 2025 comme député du parti DEM au parlement turc, où il participe activement aux délégations politiques.
Du gardien de but au chercheur de pointe: un parcours exigeant
Peu de gens savent que la science a failli perdre l’un de ses plus grands esprits au profit du football. Dans sa jeunesse, Sancar était un gardien de but talentueux et rêvait de l’équipe nationale. Cependant, il a vite réalisé que sa véritable force résidait dans son intellect. Il a alors troqué ses gants de gardien contre un microscope.
En 1963, il commence ses études de médecine à l’Université d’Istanbul. Il sort major de sa promotion, mais retourne d’abord dans sa ville natale pour y exercer comme médecin. Ce service à la communauté l’a profondément marqué avant qu’il ne s’envole vers l’étranger. Aujourd’hui, ceux qui envisagent un tel parcours académique savent combien l’excellence est valorisée dans les meilleurs établissements de santé d’Istanbul et de Turquie.
La percée aux États-Unis

Le chemin de Sancar aux États-Unis fut semé d’embûches. D’abord à l’Université Johns Hopkins, il a ensuite rejoint l’Université du Texas à Dallas, où il a obtenu son doctorat en 1977 sous la direction de Claud S. Rupert. Pourtant, le succès n’a pas été immédiat. Au début, il a souvent été refusé faute de publications suffisantes. Il a dû travailler comme technicien de laboratoire avant de réussir à s’imposer à l’Université de Yale.
Depuis 1982, il officie à la UNC School of Medicine. Aujourd’hui, il y détient la prestigieuse chaire Sarah Graham Kenan de biochimie et de biophysique. Son épouse, Gwen Boles Sancar, qu’il a rencontrée à Dallas, est désormais professeure émérite et se consacre pleinement à leur fondation commune.
La science: que fait réellement Sancar?
Pourquoi ses recherches sont-elles si cruciales? Pour simplifier: Aziz Sancar a cartographié la manière dont nos cellules réparent l’ADN endommagé. Sans ces mécanismes de réparation, l’exposition aux rayons UV et à d’autres facteurs environnementaux provoquerait instantanément des cancers.

Recherche actuelle en 2025: le combat contre les tumeurs cérébrales
Ceux qui pensent que le prix Nobel de 2015 était l’apogée de sa carrière se trompent. Le laboratoire de Sancar continue de publier des études révolutionnaires. Fin 2025, ses travaux sur le traitement des glioblastomes (une forme agressive de tumeur cérébrale) ont fait sensation. Il a étudié comment certains médicaments (témozolomide) peuvent agir plus efficacement en combinaison avec d’autres substances. De plus, il explore l’influence de l’horloge biologique (rythme circadien) sur la chimiothérapie, une approche qui pourrait révolutionner les thérapies anticancéreuses mondiales.
Le prix Nobel appartient à Atatürk
Le moment le plus émouvant de sa carrière n’a pas été la cérémonie à Stockholm, mais ce qui a suivi. Aziz Sancar a dédié son prix Nobel à la République de Turquie et à son fondateur, Mustafa Kemal Atatürk.
« Je dois ce prix à la révolution éducative d’Atatürk. Le véritable propriétaire est le musée d’Anıtkabir. »
Aziz Sancar
Il a tenu parole. Il a remis sa médaille d’or et son diplôme au musée d’Anıtkabir à Ankara. Ils y sont toujours exposés fin 2025, constituant un lieu de pèlerinage pour les jeunes scientifiques turcs. Ce geste rappelle l’engagement de figures historiques dont l’amour pour la patrie a dicté chaque action.
L’héritage: La Aziz & Gwen Sancar Foundation
Sancar ne se contente pas de construire des molécules, il bâtit des ponts. Avec son épouse, il a fondé le Sancar Turkish Cultural and Community Center à Chapel Hill, en Caroline du Nord. Ce centre est bien plus qu’une association culturelle; c’est un véritable pôle académique.
État des lieux en 2025: La fondation est en pleine « phase deux ». La construction de la Sancar Scholars Residence progresse. Ce foyer vise à offrir aux chercheurs turcs invités un logement abordable pour faciliter leur installation aux États-Unis, un obstacle que Sancar lui-même a bien connu. Un tel soutien est inestimable quand on connaît la complexité de certaines démarches administratives internationales, qui nécessitent parfois une traduction spécialisée pour la reconnaissance des documents.
Honneurs et influence dans le monde turcique
L’influence de Sancar dépasse largement les frontières de la Turquie. Il est un symbole pour l’ensemble du monde turcophone. En janvier 2025, il a été nommé « Ambassadeur culturel du monde turcique » par l’organisation TURKSOY. En mai 2025, il a reçu le prestigieux prix Ali-Shir Nava’i pour ses services en faveur de l’unité des États turciques.
TEKNOFEST et la jeunesse
Bien que Sancar n’ait pas pu assister physiquement aux éditions 2024 et 2025 du TEKNOFEST en Turquie, son esprit y était omniprésent. Des élèves du centre scientifique et artistique « Prof. Dr. Aziz Sancar » (BİLSEM) de Mardin ont remporté deux premiers prix en 2025 dans les catégories « Transport intelligent » et « Technologie pour l’humanité ». Le message de Sancar à la jeunesse reste d’actualité:
« Soyez têtus. N’acceptez jamais la défaite. Quand je parle de notre pays, je pense à la Turquie et à l’Azerbaïdjan. C’est un travail difficile que de porter notre nation vers le haut, mais c’est à vous de le faire. »
Conclusion: Ce que nous enseigne Aziz Sancar
La vie d’Aziz Sancar nous apprend que l’origine n’est pas une fatalité. Elle nous enseigne que la science n’est pas une tour d’ivoire isolée, mais un outil au service de l’humanité. Alors qu’il approche de ses 80 ans, son laboratoire à l’UNC reste illuminé, tel un phare pour tous ceux qui croient au pouvoir de l’éducation.
- La persévérance surpasse le talent: Sancar a essuyé de nombreux refus, mais n’a jamais abandonné.
- La patrie au cœur: Malgré des décennies aux États-Unis, sa loyauté envers la Turquie et l’héritage d’Atatürk reste intacte.
- Une recherche active: Même en 2025/2026, il n’est pas une figure du passé, mais un contributeur actif de la lutte contre le cancer.





